Le décor « officiel » des prochains mois est planté :  le fatras médiatique des primaires de gauche comme de droite annonce la teneur de la ‘’vraie’’ campagne. Ces petits combats de chefs, comme toute la politique bourgeoise européenne, restent dominés in fine par la crise du capital qui d’un côté plombe leur crédibilité et de l’autre réclame de l’oxygène, il faut lâcher les brides de l’exploitation ! Les programmes se résument donc à du calibrage : combien de coupes budgétaires ? Combien de dérégulation du travail ? Avec, évidemment, l’état d’urgence incontesté et le soutien à la police qui réclame plus de moyen répressifs pour faire le sale boulot dans les quartiers populaires et contre les activistes. Le Front National monte dans les sondages? Allons chasser sur ses terres ! Les migrant-e-s, les Musulmans et surtout les Musulmanes sont les boucs émissaires d’une classe dirigeante en mal de légitimité ; mais le FN, afin de vomir sa haine, doit d’abord se nourrir de tout ce qu’il y a de plus pourri dans l’idéologie bourgeoise.  La boucle est bouclée.

La campagne électorale n’est qu’un épisode dans ce cercle vicieux.

Mais le champ politique n’est pas uniforme. A la valse de réaction par en haut répondent des dissonances par en bas ; calomnié, attaqué et réprimé, le mouvement contre la loi travail a rassemblé des centaines de milliers de grévistes et manifestant-e-s autour de demandes radicales. Le mouvement réclamant la vérité et la justice pour Adama Traoré, assassiné par les gendarmes, est un signe – en faut-il encore ?! – du ras-le-bol des quartiers populaires face aux exactions de la police raciste qui humilie et tue en toute impunité. Il s’agit là de germes de révolte, et l’Etat ne s’y trompe pas en emprisonnant les frères d’Adama, des jeunes des quartiers, des activistes du mouvement.

La résistance, fragmentée, s’organise néanmoins : dans les ZAD, dans les associations de quartier qui mobilisent localement des centaines de personnes contre l’islamophobie, le racisme et les violences policières. Les migrantEs de Calais ont été disperséEs après l’attaque des CRS contre leur camp. Lorsque le Front National a tenté de mobiliser localement contre l’accueil de migrants, il a trouvé face à lui des manifestantEs plus nombreux-ses.

Le FN est un parti fasciste, il faut le stopper !
Le Front National n’est pas un ‘’simple’’ parti raciste d’extrême-droite. Derrière les racistes se cachent les fachos. C’est à leurs semblables que les classes dirigeantes ont historiquement fait appel lorsque les institutions bourgeoises traditionnelles, du parlement à la police, ne suffisaient plus pour assurer leur hégémonie et le contrôle de la société. Les fascistes se voient confier les clés du pouvoir après avoir prouvé à la bourgeoisie leur capacité à confronter et briser par la force toute contestation dans la rue.

La bourgeoisie française et le FN n’en sont pas encore là, mais la montée de ce dernier dans un contexte de crise économique et hégémonique ne fait que renforcer cette possibilité historique. Les élections ne suffisent pas pour instaurer le pouvoir des fascistes mais elles renforcent leur légitimité auprès des classes dirigeantes et, surtout, leur permettent de s’implanter et de s’organiser dans tous les coins du pays. Une défaite aux élections face à un candidat du ‘’moindre mal’’ ne serait que partie remise tant la bourgeoisie s’obstine à reproduire les conditions de la montée du Front National.

Quoi qu’il arrive d’ici mai et au-delà, le sort du Front National et du fascisme en France se décidera dans la rue.

Il ne suffit pas de rejeter ses idées réactionnaires, il va falloir s’organiser contre le FN, contre le racisme, l’islamophobie qui le nourrissent et contre la violence policière.
La convergence des luttes ne peut être décrétée, la montée du racisme et de l’extrême droite n’est pas une fatalité.

Mais le sort des deux se décide dans le feu de la lutte. L’Angleterre du Brexit a vu les actes racistes se multiplier, mais UKIP est en pleine crise existentielle et les groupuscules nazis se font refouler dans la rue par un mouvement antifasciste qui les empêche de s’organiser. Un front uni grandissant, Stand Up To Racism, mobilise un large éventail d’activistes de gauche, de syndicalistes, de racisé-e-s et notamment de Musulman-e-s pour organiser des meetings et des manifestations antiraciste et pro-migrant. En Grèce, le front uni KEERFA affronte les nazis d’Aube Dorée depuis des années et parvient à lui infliger de sérieux revers et se mobilise auprès des migrantEs. En Autriche, la mobilisation de milliers de personnes dans un mouvement ‘’F*ck Hofer’’ a cntribué à la défaite du candidat fasciste aux présidentielles.
Tous ces groupes appellent à des manifestations autour de la journée internationale contre le racisme, le week-end du 18/19 mars 2017. Cette journée est une opportunité pour mobiliser, en France, une manifestation contre le racisme, l’islamophobie, les violences policières et le Front National. Elle permettrait de commencer concrètement la véritable convergence des luttes entre tout-e-s celles et ceux que l’Etat raciste opprime, violente et marginalise.

Associations et militant-e-s de quartier, groupes de soutien aux migrant-e-s, mosquées, militant-e-s de gauche, groupes antifascistes, syndicalistes… la mobilisation doit être large pour crier haut et fort, ouvrez les frontières, non au racisme, non au fascisme et à Le Pen !

Jad, 16/12/2016