Ce vendredi 23 juin, comme depuis trois ans à la veille de la Marché des Fiertés, se tenait à Paris la Pride de Nuit. A l’appel de «Over The Rainbow, coalition des non conforme» et d’une soixantaine d’associations, collectifs, groupes, LGBTI (ACT UP Paris, BI’Cause, Association Nationale Transgenre, OUTrans, Collectif LGBTI pour la Palestine,…), féministes (Planning Familiale, Femmes en lutte 93, Collectifs féministe révolutionnaire,…), antiracistes (Réseau pour une gauche décoloniale,…) ou d’aide aux migrantEs (Bureau d’Accueil et d’accompagnement des MigrantEs ), nous étions cette années encore quelques milliers (un peu plus que les 3000 de l’année dernière je dirais…) a défilé pour affirmer que nos fiertés sont politiques,  nos luttes sont solidaires. Et rappeler que la première Gay Pride était une putain d’émeute de trans noires et latino contre les violences policières.

Racistes, sexistes, homophobes, transphobes : On vous emmerde !

C’est donc une marche joyeuse et déterminée, revendicative et festives qui a déambulé dans la rue Saint Denis et dans le marais, scandant « Tchétchénie, on meure, quittez l’Happy Hour » devant les terrasses, « Tout le monde déteste la police » en croisant un commissariat. Avec ses dizaines de pancartes préparées par les organisaTRICEs, toute plus originales, plus géniales, les unes que les autres : On veut du Byoncé, pas l’Etat Policier ; Plan de lutte contre le Sida, pas contre le prolétariat ; Ni Patrie, Ni patriarcat ; Mon corps, mon genre, ta gueule ; Hanouna producteur d’homophobie…. On y croise des Queers Antifa, des ours à paillettes, des Trans-Pédé-Gouines décoloniaux, toute sortes de sorcières et de licornes, des drapeaux du NPA et une députée afro-féministe victimes d’attaques racistes qui dans la lignée de Césaire, les emmerde. La famille quoi !

Au moment où une armée de clones fabriqués en série dans les écoles de commerce, sourire ultrabright et « trait d’humour » racistes aux lèvres, s’apprête à squatter l’assemblée nationale, prétendant incarner la « société civile », pour détruire le code du travail, pérenniser l’Etat d’urgence permanent,  intensifier la chasse aux migrantEs et à leur soutiens, bref aggraver nos conditions d’existence et la répression contre celleux qui y résistent, quelle plus belle réponse que nos fiertés non conformes, que nos diversités solidaires, que cette Pride qui « nous ressemble, qui nous réunit, qui nous représente toutes et tous ! » comme l’annonçait l’appel à le première Pride de nuit, il y a 3 ans?

Danser ne suffit plus !

Quand nos sœurs et nos frères sont massacréEs en Tchétchénie, quand la Gay Pride d’Istanbul, interdite par Erdogan,  est attaquée par les flics et les fachos (mais que les militantEs déploient malgré tout une magnifique banderole  « Faut vous y faire, on est là »), quand la chasse aux migrantEs fragilise les LGBTQI+ qui fuient la guerre, la misère et les persécutions, plus que jamais nos fiertés ne sont pas nationales, nos luttes sont internationales.

Plus que jamais, à l’heure où l’impérialisme enrôle la défense formelle de nos droits et de notre sécurité dans les guerres contre ses ennemis intérieurs et extérieurs, à l’heure du pinkwashing et de l’homonationalisme, rappeler qu’il ne peux y avoir de fierté sans solidarité, est d’une urgence vitale. C’est ce que font la Pride de Nuit, les militantEs qui ont bloqué le cortège En Marche à la marche des fiertés samedi, Act Up qui zappe le char de Gilead, laboratoire pharmaceutique qui se gavent sur nos morts et nos malades du sida, les Queers anticolonialistes, qui ont déployé une banderole « No Pride in Occupation » lors de la Pride de Tel-Aviv, celleux qui  aux USA perturbent les Pride officielles « No Justice, No Pride ».

Il est des moments, où, même si on pourra forcément danser sur notre Révolution (Big Up Emma), danser ne suffit pas comme l’affirmait fièrement la banderole de tête de l’année dernière.

Préparer les suites

Et des moments de luttes le pouvoir de  « l’extrême centre » nous en promet un paquet. Contre la normalisation de l’Etat d’urgence et son lot de persécution et de répression contre les musulmanEs (ou supposéEs tel), contre les militantEs, contre les classes dangereuse. Contre la chasse aux migrantEs et la criminalisation de la solidarité. Contre la casse des protections collectives qui va fragiliser encore plus touTEs les non conformes aux standards de cette société raciste, sexiste, homophobes, transphobe dans le monde du travail. Pour un code du travail qui permette de lutter réellement contre les discriminations. Pour de nouveaux droits pour touTEs (à commencer par la GPA et l’accès déjudiciarisé, rapide, déclaratif et gratuit au changement d’état civil, fondé sur la seule autodétermination).

Et dans ces moments il est important d’avoir des espaces, comme par exemple les Pinks Blocks, qui à l’instar de la marche de vendredi,  sont offensifs et safes, inclusifs sauf avec les racistes, les machos, les homophobes, les transphobes. Des cortèges où personne ne crie vouloir violer « Marine », Collomb, ou n’importe quelle autre crevure politicienne, car « la sodomie, c’est entre amiEs » (consentantEs).

TPP, 25 juin 2017