I/ Notions d’économie

Le capitalisme est un système économique qui repose sur l’accumulation de profit dans le seul but de faire du profit. Pour cela, il fonctionne sur la base d’une double division : une séparation entre unité de production (entreprise), séparation justifiant la concurrence entre capitaliste, et une séparation au sein même des unités de production entre les propriétaires des moyens de production (bourgeoisie) et ceux qui vendent leur force de travail (prolétariat). Ce qu’on va voir dans cette partie, c’est comment la première séparation entraînant la concurrence entre capitaliste est elle à l’origine d’un phénomène que Marx appelle « baisse tendancielle du taux de profit » entraînant des crise du système capitaliste.  Pour cela, on va d’abord définir cette notion de baisse tendancielle du taux de profit (A) pour ensuite voir en quoi cette baisse entraîne nécessairement des crises du système capitaliste (B).

A) La définition de la notion de baisse tendancielle du taux de profit

            Définir la baisse tendancielle du taux de profit nécessite de passer par plusieurs étapes. Tout d’abord, le taux de profit se définit par le rapport entre la plus-value et le capital total. Pour comprendre ces notions de plus-value et de capital total (càd le capital constant et le capital variable), il faut revenir à la théorie de la valeur-travail. Vous voyez qu’à partir d’une notion économique en découle plusieurs qui sont chacune aussi incompréhensible les unes des autres pour quelqu’un qui ne dispose d’aucune base en économie. C’est pour ça qu’il faut commencer par définir chacune de ses notions l’une après l’autre.

Concernant la théorie de la valeur-travail, Marx quantifie la valeur d’un produit par le temps de travail socialement nécessaire accumulé dans celui-ci. Le travail crée la valeur et la valeur n’est que du travail matérialisé. C’est cette relation entre la valeur du produit et le travail nécessaire à la réalisation de ce produit qui constitue la théorie de la valeur-travail. Ce que Marx entend par « socialement nécessaire », c’est la quantité de travail nécessaire en moyenne pour produire cette marchandise, pour un niveau donné de développement des forces productives. « Le temps socialement nécessaire à la production des marchandises est celui qu’exige tout travail, exécuté avec le degré moyen d’habileté et d’intensité et dans des conditions qui, par rapport au milieu social donné, sont normales » (K. Marx, Le Capital). Ainsi, si une voiture coûte plus cher sur le marché qu’un vélo car la voiture représente une quantité plus importante de travail que le vélo, une voiture construite en 2 ans en Europe aura la même valeur marchande qu’une même voiture construite en 2 semaines en Europe. La raison est que ces 2 voitures requiert toutes les 2 le même temps de travail défini par un niveau technologique et une même organisation du travail. C’est cela que Marx désigne par « socialement nécessaire » : l’organisation du travail sous une forme sociale déterminée. Ainsi, le progrès matériel et technique modifie sans cesse la valeur d’échange des biens.

Concernant la plus-value, cette notion est à l’origine de l’exploitation. Sous le capitalisme, tous produits prennent la forme de marchandise : ils sont tous destinés à être vendus sur un marché. Le salarié est aussi une marchandise : il se vend sur le marché du travail contre un prix, le salaire. Cependant, sa particularité est qu’il est le seul à pouvoir donner de la valeur à toutes les autres marchandises par leur travail. C’est ce qu’on a vu avec la théorie de la valeur-travail. La richesse créée par le travail du salarié est redistribué en 2 parties : une part est reversée au salariée sous la forme du salaire et une autre part est reversée au patron sous la forme de plus-value. La plus-value est à l’origine du phénomène d’exploitation car c’est le travail qui est la source de valeur et que cette valeur est détenue par les travailleurs dans une forme sociale de production particulière qui est le capitalisme. Or, la plus-value est une partie de la richesse crée par le travail du salarié. Dans l’histoire du capitalisme, une lutte existe entre les travailleurs pour garder un maximum de la valeur qu’ils ont crée et les capitalistes qui cherchent à élargir leur plus-value. A partir de la plus-value et du salaire, on peut mesurer le taux de plus-value ou taux d’exploitation.

Concernant le taux de profit, ce taux est ce que recherchent les capitalistes, davantage que le taux d’exploitation qui peut être vu comme un moyen d’obtenir un taux de profit intéressant. Ce taux de profit représente la mesure du retour sur investissement total. Le capitaliste cherche ainsi à gagner de l’argent après avoir investi dans ce que Marx appelle le capital variable (coût de la main d’œuvre) et le capital constant (moyens de productions). A l’aide des définitions précédentes, le taux de profit est définissable comme le rapport entre la plus-value et le capital total (capital variable + capital constant). Pour résumer ce taux de profit, c’est le rapport entre la part de travail volé par le capitaliste aux salariés et l’investissement total du capitaliste. Pour illustrer ces notions, je vais reprendre un exemple donné par Alex Callinicos (philosophe membre du SWP) dans son livre Les idées révolutionnaires de Karl Marx. Un patron part avec un capital de 100 000 €. Il emploie 100 travailleurs avec un salaire de 1 000 € par mois. Son coût salarial (ou capital variable) est alors de 100 000 € par mois. Si le taux de plus value est de 100 % (sur la journée de travail de 8 heures, quatre sont données au salarié et quatre sont prises par le patron), la plus-value produite sera également de 100 000 €. Les travailleurs ont simplement produit 200 000 € de richesses, 100 000 € leurs reviennent et 100 000 € vont au patron.

Le profit du capitaliste est alors de 100 000 € (la plus-value) et son capital à la fin du cycle est de 200 000 € (on ajoute les 100 000 € de départ). En partant avec 100 000 € de capital, le patron finit avec 200 000 € à la fin du mois. Mais si le capitaliste doit aussi payer des machines, disons pour 50 000 € (son capital constant), le capital investi total est alors de 150 000 € (100 000 € de salaires et 50 000 € de machines). Ainsi le taux de profit se résume à 100 000/150 000, soit 66 %. Maintenant qu’on a étudié ces notions économiques nous permettant de comprendre ce qu’est le taux de profit, nous pouvons étudier qu’est-ce qui fait que ce taux baisse. Ce qui est à l’origine de la baisse du taux de profit, c’est la division du capitalisme en plusieurs unité de production conduisant à une concurrence entre les capitalistes. C’est cette concurrence qui est la cause de la baisse du taux de profit par un mécanisme que nous allons étudier. Le but du capitalisme est de réaliser le maximum de profit. Afin de battre le concurrent, le capitaliste innove et investit dans du capital constant (les machines, moyens de production). Or nous avons vu précédemment que ce qui crée de la richesse, c’est le capital variable (coût de la main d’œuvre c’est à dire les salariés, seuls créateurs de richesse par leur travail). De par ces investissements dans le capital constant, ce dernier croît plus vite que le capital variable. Ainsi la concurrence modifie de manière permanente la composition organique du capital (le rapport entre capital constant et capital variable) au profit du capital constant. Ceci amène à une baisse de la valeur (qui est issu du travail et donc liée au capital variable) par rapport à l’investissement. Le capital constant croît plus vite que la plus-value ce qui conduit à une baisse à l’échelle du système du taux de profit. C’est ainsi que Chris Harman conclue que ce qui est bon pour le capitaliste individuel est mauvais pour le système capitaliste dans son ensemble. Prenons un exemple, en trois temps :

  • En 2000, un patron qui fabrique des stylos achète dix machines pour 100 000 €. À côté, il paye dix ouvriers 10 000 € chacun pour un an, soit 100 000 € de salaires. La production est de 300 000 stylos dont le prix unitaire est de 1 €, la plus-value est alors de 100 000 € (le bénéfice des marchandises moins le coût de production). La composition organique du capital est de 1/1 (100 000/100 000) avec un taux de profit de 50% (100 000/200 000).
  • En 2010 un fournisseur lui propose des machines à 15 000 € qui permettent de produire deux fois plus de stylos, toujours avec un ouvrier par machine. Le patron est très intéressé. Il fait ses calculs et opte pour cette solution avec 150 000 € de machines, mais seulement 100 000 € de salaires avec 10 ouvriers et une production de 600 000 €. Le taux de profit est de 140 % (350 000/250 000).
  • Toutefois, en 2011 tous les concurrents ont adopté ces machines. Le prix des stylos décroît. Les machines gardent un coup de 150 000 €, les salaires restent de 100 000 € et la production de 600 000 stylos se maintient mais avec une valeur de 0,58 centimes l’unité (350 000 €). La plus-value n’est plus que de 100 000 €, donc le taux de profit de 40 % (100 000/250 000). Cette baisse du taux de profit est directement lié à la hausse de la composition organique du capital (1/1 en 2000 et 1,5/1 en 2011).

Pourtant, le choix du premier capitaliste qui utilise cette composition organique

du capital est rationnel, comme l’est celui de ses concurrents qui s’alignent sur lui. Ainsi Marx à pu dire : « La véritable barrière à la production capitaliste, c’est le capital lui même ».

Maintenant que nous maîtrisons la notion de baisse tendancielle du taux de profit, nous pouvons étudier en quoi ce phénomène entraîne un crise du système capitaliste.

B) Les conséquences de la baisse tendancielle du taux de profit : la crise

            La baisse du taux de profit accentue la concurrence entre les capitalistes qui désirent tous augmenter leurs profit. Or nous avons vu que ces cette concurrence qui conduit à la baisse du taux de profit. C’est donc un peu le serpent qui se mange la queue : en voulant restaurer leurs taux de profit, les capitalistes accentuent la concurrence ce qui tend à baisser leurs taux de profit. Une partie du capital est alors investi différemment vers des activités spéculatives, hasardeuses et moins rentables. Les capitalistes ne veulent plus investir en raison de la faiblesse des taux de profit. Les banques cherchent à développer le crédit pour soutenir leurs principaux clients afin qu’ils réinvestissent. Mais les entreprises se retrouvent fragilisées face à tout ajustement rapide des profits et des prix. L’effet cumulatif à la baisse des taux de profit est celui de la surproduction (lorsque le capitalisme produit plus de marchandises qu’il n’y a de pouvoir d’achat disponible pour les acheter aux prix de production, prix qui rapporte aux propriétaires de ces marchandises le profit moyen escompté). Dans les principaux département de l’économie (biens de production et bien de consommation), les marchandises produites ne peuvent plus être vendues suivant un taux de profit nécessaire pour maintenir celui qui existait lors de leur production. Dès lors que les marchandises ne se vendent plus, la production recule et les effets de la crise se font sentir : réduction de l’emploi, des revenus, des investissements, de la production… Le surinvestissement provoque une suraccumulation de capitaux qui à son tour provoque un sous investissement et une surproduction. Le cœur de ce schéma est bien la baisse tendancielle du taux de profit qui est la conséquence de la propriété privée des moyens de production et de leur concurrence acharnée au nom de la loi du profit.

            Comment, si le capitalisme et la concurrence que ce système induit produit nécessairement des crises, se fait il que ce système ne se soit pas déjà écroulé ? Chris Harman explique que la résolution des crises se sont faites par le cannibalisme : les entreprises survivantes dévorent les autres à des prix très faibles. Ces entreprises peuvent alors augmenter leur production en utilisant un matériel performant sans avoir à en payer le prix. Ceci empêche alors que l’investissement dans les moyens de productions ne croissent beaucoup plus vite que la force de travail employée. Ceci contrecarre sur le moment la baisse du taux de profit. Ainsi s’opère une concentration plus grande du capital. Ceci entraîne une aggravation des crises les unes par rapport aux précédentes. En effet, après une crise, nous venons de voir comment les entreprises survivantes grossissent. Elles deviennent alors plus importantes dans le système de production. Du fait e l’interdépendance des capitaux entre eux, leur faillite provoquerait une réaction en chaîne. C’est le « too big to fail ». C’est un peu ce qui a changé entre la crise des années 20-30 et celle de 2007. Entre temps, les banques menacées de faillite étaient beaucoup plus grosses et leurs faillite auraient eu de plus lourdes conséquences en 2007 que dans les années 30 ce qui a poussé les Etats à agir très rapidement.

Maintenant que nous maîtrisons les notions économiques de la baisse tendancielle du taux de profit et des crises économiques, nous pouvons (enfin) nous atteler à la crise économique de 2007.

II/ La crise de 2007 : une crise d’ampleur internationale

La crise de 2007 a suscité beaucoup de commentaire. Elle fut surtout beaucoup comparée à la crise de 1929. Il est intéressant d’étudier « l’histoire » de la crise (comment elle s’est déroulée) (A) pour comprendre où on en est (B).

A) Une longue baisse du taux de profit vers une crise brutale en 2007

            Il est habituel de dater la crise économique à 2007. La vision la plus répandue dans la population est que tout d’un coup, une bulle spéculative reposant sur les prêts immobiliers aux Etats-Unis a explosée et a balayé des banques très importantes derrière elle ce qui a nécessité l’intervention de l’Etat. Il est plus intéressant d’étudier à long terme les évolution du taux de profit depuis la fin de la crise des années 20-30 jusqu’à la crise de 2007, c’est à dire d’étudier l’évolution du taux de profit pendant un cycle entre 2 crises. Or, Chris Harman et d’autres économistes constatent tous une baisse du taux de profit entre la fin des années 40 où le taux de profit est très élevé et 2007 où il s’est écroulé. On en déduit donc que l’effondrement brutal du taux de profit en 2007 qui a marqué le début de la crise du système capitaliste ne fut pas soudain mais précédé de petites crises, une sorte de « calme » annonçant la tempête. En effet, si à la fin des années 40- début des années 50 le taux de profit est très élevé suite à la 2nde Guerre Mondiale, la fin des 30 Glorieuses annonce une baisse plus ou moins rapide et hachée jusque dans les années 70. Puis les années 80-90 marquent l’avènement du néo-libéralisme. Avec cet avènement vient une augmentation du taux d’exploitation avec la casse du temps de travail. Cette augmentation du taux d’exploitation provoque une remontée du taux de profit mais pas au niveau du pic des années 50-60. Les années 90-2000 voient le taux de profit baisser de nouveau le taux de profit. Le système se fragilise : des crises se réalisent à répétition. On peut déceler dans ces années les premiers prémisses annonçant une crise de l’envergure de celle de 2007. C’est en effet en 2007 que les taux de profits s’effondreront et que l’on verra apparaître la crise du système capitaliste. Qu’est-ce qu’il s’est alors passé ?

            La crise a d’abord été perçue comme une crise financière. La spéculation fut alors accusée car la crise a éclaté dans le domaine des prêts immobiliers où un haut degré de spéculation avait pris place. Qu’est-ce que la spéculation ? Comment cela aurait pu produire une crise d’une telle envergure ? La spéculation consiste à faire croire qu’il existe beaucoup plus de richesse dans le système qu’il n’y en a dans la réalité : on vend les actions d’une entreprise plus chère que ce qu’elles valent au moment de la vente en anticipant une hausse de la valeur. Or cette valeure importante n’est que fictive. En cas de vente massive d’un produit spéculatif, sa valeur s’effondre ce qui fait disparaître les milliards de dollar qui semblaient là. Cela veut dire qu’une baisse effective du taux de profit peut être masquée temporairement par un envol des valeurs spéculatives par un gonflement artificiel de la valeurs des produits spéculatifs. Dans le cas de la crise de 2007, le phénomène de l’endettement s’était répandu aux Etats-Unis. Les ménages consommaient grâce aux emprunts. Les entreprises empruntaient aussi beaucoup auprès des banques. Celles-ci ont prêté à des ménages qui en temps normal n’étaient pas fiable (emploi précaire, non paiement des dettes précédentes…) en se basant sur la possibilité de se faire rembourser en vendant leur maison. Au moment des prêts, la valeur de l’immobilier avait explosé. Mais lorsque la valeur de l’immobilier s’effondra, les banques qui avaient prêté perdirent beaucoup d’argent et firent faillite. Or ces banques n’étaient pas comme dans les années 20-30 des petites et moyennes banques mais des grosses banques ce qui provoqua une réaction en chaîne (Lehman Brother était la 4è plus grande banque d’investissement). C’est ce qui provoqua la crise.

B) Les conséquences de la crise

La faillite de gros édifices bancaire comme Lehman Brother n’est évidemment pas restée sans conséquence pour l’économie mondiale. Car contrairement aux années 20, les banques touchées étaient de très grosse banque dont le terrain de jeu était beaucoup lus étendu que dans les années 20. Les difficultés ont donc entraîné une panne de crédit. Or, nous avons évoqué précédemment que la consommation aux États-Unis reposaient essentiellement sur les emprunts auprès des banques. Ainsi, si les faillites bancaires s’étaient répandue, l’économie mondiale se serait probablement effondrée avec. C’est pour cela que les États se sont décidés à intervenir : pour stopper l’hémorragie. A la différence des années 30, les États sont beaucoup plus rapidement intervenu. Cependant, à la différence des années 30, l’échelle élevée sur laquelle opéraient les plus grandes firmes financières et industrielles (ce qui n’était pas le cas dans les années 30) a rendu l’action nécessaire considérablement plus élevée que dans les années 30. Cependant les États se sont portés garants. Ceci a eu des conséquences sur les politiques mises en place. Ce transfert des risques financiers privés vers les États a entraîné une tendance générale aux plans d’austérité. Deux axes de ces politiques se dégagent : l’abaissement du coût de la main d’œuvre et des dépenses publiques. C’est donc à ce niveau là que l’on se situe aujourd’hui : le problème a été déplacé des banques vers l’État ce qui entraîne des plans d’austérité. Certains pensent qu’il suffirait de réformer le système financier et qu’un rapport de force différent entre les classes ou un rôle accru de l’Etat permettrait de retrouver une stabilité. Cependant, l’enseignement de la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit nous apporte que c’est la nature même du capitalisme qui pose problème : l’accumulation pour l’accumulation, la concurrence entre unité de production… La domination du travail vivant (salarié) par le travail mort (moyens de production), la mise des besoins de l’accumulation au dessus des besoins de la consommation rendent de plus en plus le monde prisonnier du besoin d’accumulation future en accumulant toujours plus de travail mort. Les moyens employés pour résoudre les crises mènent à la concentration plus forte du capital entre quelques mains, à la fusion plus grande entre Etats et Capital et rendent plus difficile les restructurations nécessitées par la crise suivante. La baisse tendancielle du taux de profit est la traduction concrète du caractère fondamentalement déséquilibré du capitalisme. Ce déséquilibre ne peut s’arrêter que dans une société où la production se fait pour satisfaire des besoins humains et non pour accumuler toujours plus.

AH, le 10 juin 2017