Deux articles écris pour Solidarité Ouvrière, hebdomadaire de SEK (Parti Socialiste des Travailleurs, Grèce / Εργατική Αλληλεγγύη ), l’un juste avant le 12 septembre, l’autre juste après. 

Contre Macron et son monde : c’est dans la rue que ça s’passe !

Durant la dernière séquence électorale en France, Macron avait annoncé la couleur. Il voulait, le plus rapidement possible, faire adopter une nouvelle loi contre les travailleurs, et contourner le Parlement par le biais des ordonnances, une possibilité en France qui permet au Président de la République de légiférer sur un sujet spécifique sans laisser de temps au débat parlementaire. Ainsi, Macron voulait frapper rapidement et très fort, et il tient ses promesses. Durant l’été il a prolongé l’État d’urgence, réprimé les migrants et leurs soutiens etc. Bref, on doit affronter un gouvernement qui cherche à frapper de tous les côtés et le code du travail va en être la victime.

Les premières ordonnances sont parues et elles attaquent directement les droits sociaux et le code du travail sur plusieurs axes. Tout d’abord, il s’agit de faciliter les licenciements, par exemple, jusqu’ici pour justifier un licenciement économique une entreprise multinationale devait prouver ses déficits niveau international, désormais cette même multinationale pourra fermer une filiale en France malgré des profits importants réalisés dans d’autres pays. Par ailleurs, ces ordonnances visent également à diminuer les capacités d’organisation et de mobilisation de la classe ouvrière, les organisations syndicales seront contournables par un référendum d’entreprise. Les instances qui défendent les conditions de travail, d’hygiène et de sécurité seront tout simplement supprimées. Les capitalistes ne s’y sont pas trompés, le MEDEF (un syndicat patronal) a salué le contenu des ordonnances et un commissaire européen a loué un projet de loi « qui répond directement à l’analyse de Bruxelles sur les rigidités de l’économie française ».

Face à cela, la riposte peine à s’organiser, toutes les organisations syndicales représentatives ont d’abord accepté le « dialogue social » proposé par le gouvernement.

Le front syndical qui avait mené la lutte contre la loi El Khomri en 2016 (articulé autour de la CGT, FO, FSU et Solidaires) est morcelé, FO l’ayant quitté. La CGT a commencé par accepter la parodie de concertation voulue par le gouvernement avant de finalement appeler à une date de grève le 12 septembre. Cette journée sera un premier avertissement pour le gouvernement et on ne peut que se féliciter du fait que nombre de structure de FO ont rejeté la position de leur direction en appelant à se joindre aux grèves et manifestations. Toutefois, la division du front syndical doit être dépassée pour pouvoir amplifier la mobilisation. En appelant à une nouvelle date de grève le 21 septembre, la CGT nous donne l’opportunité de dépasser ces divisions, de construire le mouvement. Si l’ampleur de la mobilisation reste une inconnue, il est certain que la perspective d’un mouvement social de longue durée inquiète le sommet de l’État, tout au long de l’été les médias ont mené campagne pour le projet de loi et contre les syndicats contestataires, malgré tout 180 manifestations auront lieu et l’ensemble des secteurs professionnels sont appelés à la grève.

Comme si ce morcellement ne suffisait pas, Mélenchon et son mouvement, la France Insoumise (FI), ont unilatéralement appelé à manifester le 23 septembre contre le « coup d’État social » cette décision pose plusieurs problèmes. D’abord en proclamant une telle date sans concertation avec le reste de la gauche sociale et politique, Mélenchon limite l’ampleur que pourrait prendre cette journée, en effet de nombreuses structures syndicales, de nombreux militants de base refusent déjà de se joindre à son appel. Par cette manifestation, Mélenchon cherche à renforcer sa position de principal opposant de gauche à Macron. Mais il vise également à faire retourner la mobilisation sur le terrain institutionnel, une manifestation le samedi et les députés de la FI s’occuperont de la riposte sur les bancs de l’Assemblée Nationale le reste de la semaine, voilà son projet. Nous lui opposons la souveraineté de nos assemblées générales.

A la base, les collectifs et réseaux qui se sont mis en place lors de la mobilisation du printemps 2016 contre la loi travail version 1, essaient de relancer des initiatives. Le front social issu des cortèges interprofessionnels du printemps de 2016 coordonne différentes sections syndicales radicales de SUD et de la CGT. Ce front social qui avait déjà appelé à des manifestations durant la séquence présidentielle pour commencer à se battre contre le gouvernement Macron, organise des assemblées générales et des cortèges pour lutter contre la loi travail XXL. Mais il existe aussi des collectifs locaux, des assemblées de quartier qui essaient de se relancer à l’image du 20eme arrondissement de Paris par exemple où l’inter collectif qui s’est constitué au printemps 2016 appelle à un départ commun à la manifestation de mardi, ou encore dans le 18ème arrondissement où une journée contre la loi travail organisée par des activistes du quartier a été une véritable réussite.

Du côté des facs, bien que la rentrée universitaire n’ait pas encore eu lieu les syndicats étudiants et différents groupes militants ont appelé à des AG comme à Toulouse, Paris 1, Paris 8 ou encore Paris 10.

De leur côté les lycéens essaient aussi de s’organiser et de reprendre les réflexes acquis durant les mobilisations de 2016 avec en région parisienne la structuration d’un cortège lycéen dans la manifestation du 12 septembre.

En dehors du mouvement ouvrier traditionnel, on essaye donc de remettre en place des réflexes acquis lors de la dernière mobilisation, mais tout cela fait face à des difficultés. Les divisions syndicales, la défaite du printemps 2016 sont dans toutes les têtes, et c’est aux militants actifs dans le mouvement de permettre de développer une stratégie, de trouver des perspectives pour convaincre largement qu’on peut battre Macron et son monde.

Pierre Santinon le 9 septembre 2017

Construire un mouvement à même de gagner

Le 12 septembre plus de 400 000 personnes ont défilé, contre une nouvelle réforme du code du travail, dans les rues en France, un premier coup de semonce pour Macron. Dans ces défilés des salariés du public et du privé côtoyaient des étudiants, des lycéens ainsi que des forains inquiets pour leur avenir.

Malgré la réussite de cette journée, les directions syndicales et politiques ne cherchent pas de stratégie pour gagner. Certes, une série de dates de mobilisation s’inscrivent dans le calendrier, 21 septembre pour une nouvelle journée interprofessionnelle contre la loi travail, le 23 à l’initiative de Mélenchon, une grève reconductible des routiers et des dépôts de carburants à partir du 25 septembre et une grève dans la fonction publique le 10 octobre. Ces échéances vont permettre mais de maintenir la pression sur le gouvernement, la multiplication des initiatives démontre qu’une colère réelle existe parmi les classes populaires, mais l’enjeu pour les révolutionnaires est de réussir à dépasser ce morcellement, à unifier les résistances afin de construire un mouvement à même de gagner.

Des tentatives dans ce sens sont prises, par exemple, l’assemblée générale interprofessionnelle de Saint- Denis cherche à dépasser ces divisions en unifiant et en coordonnant les salariés quelque soit leur organisation ou leur secteur d’activité. Depuis l’élection, un regroupement de sections syndicales combatives, le front social, porte cette même volonté et a, à plusieurs reprises entre mai et juillet, réussi à faire manifester plusieurs milliers de personnes empêchant ainsi l’état de grâce habituellement réservé à un président dans les semaines qui suivent son élection.

De plus, si la mobilisation de la jeunesse est encore faible c’est principalement du à la proximité de la rentrée scolaire, mais sur une série de facs des premières assemblées ont eu lieu pour essayer de mobiliser plus largement, et les rumeurs d’introduction de sélection à l’université ainsi que l’annonce de la baisse des allocations logement créent un terreau favorable à la mobilisation dans les semaines qui viennent. Par exemple, à l’université Paris 1, malgré les vacances scolaires plusieurs dizaines d ‘étudiants se sont réunies et ont défilé ensemble le 12 septembre, une fraction du milieu étudiant est donc prête à se mobiliser et à chercher à mobiliser autour d’elle.

Ainsi, si le mouvement social pêche par sa division les luttes ne manquent pas et le quinquennat de Macron va lui sembler bien long alors que, à peine 5 mois après son élection, les stations essences pourraient déjà se trouver à sec.

Pierre Santinon le 16 septembre 2017