Ce texte est d’abord paru sur Socialist Worker

Le 14 septembre 1867, Le Capital de Karl Marx, livre I , a été publié à Hambourg. Marx a dit à un ami après avoir personnellement remis le manuscrit à l’éditeur: « C’est sans nul doute le plus épouvantable missile qui ait été lancé aux têtes de la bourgeoisie »(Note par traducteur : Lettre de K. Marx à J. Ph. Becker, le 17 avril 1867 ).

L’opinion dominante, exprimée par exemple dans les biographies de Marx récentes par Jonathan Sperber et Gareth Stedman-Jones, présente invariablement le Capital comme mort-né. Ils le décrivent comme un travail qui était dépassé quand il a été publié, et qui n’a certainement rien à nous dire au XXIe siècle.

Cela ne permet pas d’expliquer pourquoi il y a un intérêt croissant pour le Capital aujourd’hui. Des conférences ont marqué son 150e anniversaire dans le monde entier. J’ai participé à une l’entre elles au Brésil le mois dernier et je suis impliqué dans un autre cette semaine parrainée par le King’s College de Londres. Le succès des cours sur YouTube sur le Capital par un autre participant, David Harvey, est un signe de l’envie contemporaine de comprendre la critique du capitalisme de Marx.

Effondrement

 

Après tout, le 14 septembre n’était pas seulement le jour où le Capital, livre I, a été publié. C’était aussi le 10ème anniversaire de la panique bancaire sur Northern Rock, lorsque les déposants ont fait la queue d’attente à l’extérieur des succursales de la banque pour retirer leurs fonds. C’était la première panique bancaire sur une banque britannique depuis l’époque de Marx – l’effondrement d’Overend, Gurney & Co en 1866.

La panique bancaire sur Northern Rock était le moment où la crise économique et financière mondiale devenait visible aux yeux nus. Nous vivons toujours avec les répercussions de cette crise. La confusion régnant dans les milieux capitalistes est clairs parmi les banques centrales telles que le Conseil de la Réserve fédérale des États-Unis et la Banque d’Angleterre. Ils hésitent à oser augmenter les taux d’intérêt au-dessus du niveau le plus bas qu’ils ont atteints pendant la crise.

Le Capital – pas seulement le livre I, mais les livre II et III édités par Frédéric Engels après la mort de Marx – permettait de réduire cette confusion. Le livre I surtout est le chef-d’œuvre de Marx. Il ne l’a achevé que sous le harcèlement incessant d’Engels, mais a lutté, comme il l’a dit à Engels, pour en faire un « ensemble artistique » (Note par traducteur : Lettre de K. Marx à F.Engels, le 31 mai 1865 ).

Certains passages dans le Capital – en particulier le premier chapitre, qu’Engels l’a poussé à réécrire pour rendre plus accessible – sont difficiles. Mais avec l’aide de bons commentateurs – pas seulement Harvey, mais aussi Joseph Choonara dans son excellent « Guide de lecture au Capital de Marx » (A Reader’s Guide to Marx’s Capital ) – vous trouverez votre chemin à travers eux.

Ingéniosité

 

De plus, Marx n’a pas écrit pas ce livre dans le confort d’une étude universitaire et d’une chaire de professeur. Tout au long des années 1850 et 1860, quand il faisait ses principales études économiques, la famille de Marx luttait, parfois désespérément et irrémédiablement, avec la pauvreté.

En outre, Marx écrivait le Capital, livre I, alors qu’il s’engageait dans son travail politique le plus influent. Entre 1864 et 1872, il était l’un des principaux dirigeants de l’Association internationale des travailleurs, ou Première Internationale. Il a dirigé l’Internationale pour soutenir l’anti-esclavagisme de Nord dans la guerre civile américaine, le mouvement pour l’indépendance irlandaise et la Commune de Paris de 1871.

Les luttes ouvrières se sont reflétées dans le livre lui-même. Dans une lettre à Engels, Marx explique que, tout en se sentant malade et incapable de progresser avec la partie vraiment théorique, il écrivit ce qui est maintenant le chapitre X, « La Journée du travail » (Note par traducteur : Lettre de K. Marx à F.Engels, le 10 février 1866 ). C’est un portrait étonnant et toujours émouvant des méthodes d’exploitation impitoyable des capitalistes dans l’époque victorienne. Mais aussi de la résistance collective des travailleurs qui forçaient des capitalistes à reculer et obtenaient une limitation légale de la journée de travail.

Vous ne devez pas chercher plus loin pour voir pourquoi le Capital est encore un livre vivant. Il parle de notre monde, où les travailleurs combattent McDonald’s, et bas salaires et les gangs de patron. Tant que le capitalisme survivra, le Capital survivra aussi.

 Alex Callinicos

Traduit de l’anglais par Vincent Sung